vendredi, mai 14, 2004

ardoise et plomberie

Je ne sais pas trop si je suis allergique à la fête, à la joie, ou tout simplement aux évolutions programmées et surveillées, puisque je m'arrête quand on m'observe.
Week-end face à ce à quoi je veux échapper : une grosse fête pour des 18 et des 20 ans.
Et finalement si on s'arrête un moment, on voit que je suis la sauvage du placard, celle qui arrive toujours à plomber la perfection de ce que ç'aurait pu être.

Avant, quand s'annoncer quelque-chose, je m'imaginais toujours tant sur la génialitude à laquelle je pourrais contribuer et bien sur, j'étais toujours déçue.
C'est que j'aimerais bien être comme eux parfois, mais vraiment, je n'y arrive pas.

Alors après avoir passé une heure à me tenir en tailleur sur un rebord de fenêtre ou sur une table tranquille pendant qu'ils criaient hurlaient couinaient jouaient s'amusaient se tapaient devant moi, les voyant parfois venir vers moi me dire que non, ils ne sont pas ivres ips ouais d'abord regarde je sai ips je sais faire le coq, ips je suis pas ivre sin-ips je le saurais - j'ai disparu.
Au début ce n'était pas vraiment mon intention, mais je n'avais pas envie d'entendre les complaintes lyriques et empreintes d'épicurisme de Kyo pour la 3ème fois se méler à l'ivresse de la jeunesse, et quand j'ai saisi mes CD on m'a crié une fois de plus que oh non pas tes CD ; pris mon balladeur et suis sortie, me suis affalée en travers du couloir, rester à côté tout de même. Mais toujours leurs cris, leur bruit.
A côté de l'escalier ce n'est pas non plus génial, un sobre est monté et m'a demandé si j'avais bu, le genre de question étonnemment classique pour moi - un peu, pas vraiment en fait - c'est bien. - uais.
Et j'ai disparu.

Ils ont dû mettre du temps à s'en rendre compte, quand ils m'ont enfin trouvée (ah, oui, ils m'ont cherchée partout et s'inquiétaient pour moi) j'en étais à la dernière chanson de l'album de Girls in Hawaii - c'est que je trouvais ça ironique d'écouter de la musique légère et printanière seule dans l'étable d'un gîte rural de montagne, à 1h au moins, alors qu'il avait plu et neigé toute la journée.
Au début j'avais un peu froid, sans veste et en chaussettes barriolées, alors je me réchauffais par spasmes. Ai bien essayé de m'allonger, puis j'ai fini recroquevillée.
A la fin je contrôlais ma respiration et, comme je ne sentais presque plus mes pieds, il faisait bien assez chaud - le sobre a ouvert la porte, je l'ai bloquée juste à temps pour qu'elle ne claque pas. Il regardait au fond de la grange, le temps que l'ampoule ne se décide à participer Perdu de vue - puis il m'a vue, un petit machin assis sur une espèce de paillasson, adossé à un tonneau, le balladeur comme ancre. Adressé quelques mots : que j'allais attraper froid, qu'il fallait remonter avec eux, a prévenu les autres, m'a demandé combien j'avais vu de rats.
Je l'aimais bien le sobre, le moins ridicule d'entre-tous. Il est parti d'autres sont arrivés avec une couverture et les mêmes propositions, si ce n'est qu'ils ont omis les rats que je n'ai pas vus, et j'avais beau leur dire que non je n'avais pas froid, j'ai dû les suivre, quand mon excuse a pris fin avec la dernière chanson de l'album, une fois répondu que ouah c'était de l'ambition de se foutre une cuite, vraiment.

Le convoi est remonté, ils m'ont entreposée dans la chambre. Ca s'était calmé un peu, mais j'étais surveillée.
Assise à côté du sobre qui cette fois a demandé s'ils n'étaient vraiment pas mieux que les rats [les rats au moins ne m'emmerdent pas.], tenu quelques minutes, il faisait froid dans leur chambre chauffée.
Remarqué que la table sur laquelle on était n'avait rien en dessous, alors je m'y suis glissée pour m'y cacher. J'avais bien plus froid ici qu'en bas, j'ai mis fin aux nouveaux spasmes en sortant, allant dans le couloir, me cachant derrière une porte, encore recroquevillée pour qu'on ne me voie pas.
Je serais bien allée à nouveau dans la grange, aurais mis plus de soin à me cacher, mais il n'y avait qu'un escalier, j'aurais été repérée.
Suis retournée faire la statue de cire qui se tait au milieu des autres, puisque le silence en est moins fracassant.



N'empêche, et c'est pour ça que vous avez dit que j'avais des ondes négatives et que j'étais sauvage, mon silence j'aime bien le fracasser en faisant éclater les ballons de baudruche entre mes doigts.